X-ray scanning of a painting performed by CIRAM

Comment analyser scientifiquement un tableau ?

Comment analyser scientifiquement un tableau ?

Temps de lecture :

7–10 minutes

Temps de lecture :

L’analyse scientifique d’un tableau permet d’étudier les matériaux qui le composent afin d’éclairer son histoire, son état de conservation et son authenticité. Elle constitue aujourd’hui un outil précieux pour les restaurateurs, les conservateurs, les collectionneurs, les experts et les professionnels du marché de l’art.

Chez CIRAM, cette approche repose sur des méthodes complémentaires : la datation des supports, l’analyse chimique des pigments, des liants et des vernis, ainsi que différentes techniques d’imagerie scientifique. Le croisement de ces résultats permet de mieux comprendre la fabrication d’une œuvre, de détecter d’éventuelles restaurations ou incohérences et d’apporter des éléments objectifs dans le cadre de son expertise.

En résumé :

  • L’analyse scientifique d’un tableau associe datation, analyses chimiques et techniques d’imagerie pour étudier les matériaux constitutifs de l’œuvre.
  • L’imagerie scientifique (lumière visible, ultraviolet, infrarouge et radiographie) révèle les différentes couches d’une peinture, les restaurations et les modifications invisibles à l’œil nu.
  • Les analyses permettent d’identifier les matériaux, d’évaluer l’état de conservation et d’apporter des éléments utiles à l’authentification.
  • L’interprétation des résultats repose sur le croisement des données scientifiques avec les connaissances historiques et artistiques.

Les principales méthodes d’analyse scientifique des tableaux

Pour étudier un tableau, plusieurs approches complémentaires sont mises en œuvre. Certaines permettent de dater les matériaux, d’autres d’identifier leur composition ou de révéler des éléments invisibles à l’œil nu. Ces méthodes sont choisies en fonction de la nature de l’œuvre et des questions posées.

Méthode :Ce qu’elle permet d’étudier :
Datation des supportsDéterminer l’âge des matériaux organiques
Analyses chimiquesIdentifier les matériaux utilisés et leur cohérence historique
Imagerie scientifiqueObserver les couches invisibles, restaurations et modifications

La datation des supports

La datation des supports permet d’estimer l’âge des matériaux organiques constituant un tableau, comme la toile en lin ou en chanvre, le bois, le papier ou le carton. Réalisée principalement par la méthode du carbone 14, elle fournit un repère chronologique précieux pour vérifier la cohérence entre les matériaux utilisés et la période supposée de création de l’œuvre. Cette analyse ne date toutefois pas directement la peinture ni la réalisation de l’œuvre, mais le moment où le matériau organique a cessé de vivre, par exemple lors de la récolte du lin ou de l’abattage de l’arbre ayant servi de support. Les résultats sont à interpréter en complément des autres investigations scientifiques et historiques.

La méthode du carbone 14 est présentée plus en détail dans notre article consacré à la datation carbone 14 des tableaux.

Les analyses chimiques

Les analyses chimiques permettent d’identifier la composition des différents matériaux constituant la couche picturale. Elles portent notamment sur les pigments, les liants, les vernis et les charges minérales. Elles permettent de vérifier la cohérence des matériaux avec la période supposée de création de l’œuvre, de détecter certaines restaurations et d’apporter des éléments complémentaires à la datation et à l’imagerie scientifique.

Les méthodes d’identification des pigments, des liants et des vernis sont détaillées dans notre article consacré à l’analyse chimique des tableaux.

Les techniques d’imagerie scientifique

Les imageries scientifiques apportent de précieuses informations sur un tableau. Elles permettent l’investigation de toutes les strates d’une peinture, depuis le vernis, jusqu’au support, en passant par le dessin préparatoire, les couches picturales, les repentirs, les repeints et les restaurations éventuelles. Lumière naturelle, ultraviolet, infrarouge et radiographie de rayons X, découvrez l’ensemble des techniques d’imageries pour l’analyse des tableaux.

Ces méthodes sont totalement non destructives. Découvrez pourquoi ce type d’analyse est privilégié pour les œuvres d’art.

Imageries en lumière visible

Nous distinguons trois différentes sortes d’examens en lumière visible :

  • La photographie en lumière visible : produites dans des conditions spécifiques, ces images correspondent à la photographie classique ;
  • La photographie en lumière rasante : ce type de photographie révèle l’état de conservation de la surface de l’œuvre. Nos scientifiques éclairent l’œuvre par un faisceau lumineux focalisé formant un angle de 15° avec sa surface. Cette technique permet de repérer les altérations de la couche picturale (soulèvements, cloques, craquelures, etc.), les déformations du support (mauvaise tension de la toile, fente ou encore assemblage des planches) et les altérations comme les déchirures, les rayures ou les enfoncements. La lumière rasante donne aussi des indices sur les techniques picturales et sur le style du peintre.
  • La photographie en lumière transmise : elle s’observe au revers des tableaux en toile ou en papier. Avec cette méthode, nos scientifiques appréhendent les éventuels trous et les déchirures, elle révèle aussi les altérations des couches picturales.

Le rayonnement ultraviolet (UV)

Le rayonnement ultraviolet (UV) se place à l’extérieur du spectre visible, et se découpe en UV proches (380nm à 200nm) et en UV extrêmes (200nm à 10nm).

L’imagerie UV permet d’explorer la couche superficielle du tableau. Elle utilise les propriétés de fluorescence du vernis plus ou moins intense en fonction de sa composition et de son altération. On repèrera facilement les repeints sur vernis ou restaurations.

Important : en l’absence de vernis, certains pigments naturels peuvent émettre une fluorescence colorée, cette donnée est à prendre en considération pour ne pas fausser l’interprétation.

Les radiations infrarouges (IR)

Les radiations infrarouges se situent entre 780nm et 5mm, au-delà su spectre visible, mais de l’autre côté des ultraviolets. Les laboratoires CIRAM utilisent une émission de lumière dite « chaude » que l’on situe dans le proche infrarouge. Cela permet d’enregistrer l’absorption des radiations infrarouges par les matériaux constitutifs des couches picturales.

Grâce à la réflectographie infrarouge, nos scientifiques peuvent faire ressortir les dessins préparatoires, les repentirs et les repeints. Cette méthode d’imagerie fournit des clichés en niveaux de gris qui correspondent aux interactions plus ou moins importantes avec le rayonnement initial.

La radiographie de rayons X

La radiographie de rayons X permet de capter une image de la structure interne d’un tableau. Le faisceau de rayons X est envoyé sur le tableau et on observe les rayons X transmis en fonction de l’absorption sélective du matériau. Cette absorption est liée à deux paramètres :

  • L’épaisseur traversée
  • La densité des matériaux constitutifs de l’objet.

Avec cet examen, il est possible de repérer les dégâts causés par les temps, ainsi que les actions anthropiques de toutes sortes depuis la création de l’œuvre jusqu’à aujourd’hui. Il est également possible d’identifier les repeints et les repentirs grâce aux contrastes de densité des matériaux.

La radiographie constitue l’une des techniques majeures d’imagerie. Découvrez comment elle révèle l’histoire cachée d’un tableau.

Le matériel utilisé par les scientifiques CIRAM

L’imagerie en lumière visible est réalisée au moyen d’un appareil photographique numérique 10 mégapixels SAMSUNG® EX2F équipé d’une optique 24-80 mm f/1,4-2,7.

L’imagerie en réflectographie infrarouge est menée entre 900 nm et 1700 nm à l’aide d’un système d’acquisition numérique OSIRIS HD Infra Rouge Opus Instruments Ltd® à 16 mégapixels. Le matériel utilisé pour la radiographie de rayons X est un appareillage portable comprenant un générateur de rayons X haute fréquence mano médical HF 1060, un capteur plan FUJI D EVO II d’acquisition numérique à déclenchement automatique et à transmission Bluetooth (FDR D-EVO, 35 x 43 cm) et un ordinateur de commande du générateur et de traitement des images (logiciel OSIRIX). Les tensions d’accélérations utilisées sont de 40 kV, 50 kV et 75 kV. Le paramétrage a été contrôlé grâce au logiciel Fujifilm®.

Grâce à ce matériel à la pointe de la technologie, les laboratoires CIRAM datent et analysent vos tableaux, sculptures, objets ethnographiques et archéologiques.

Avatar de Richard Cheret

Vous vous posez peut-être ces questions sur l’analyse scientifique des tableaux ?

Pourquoi utiliser plusieurs techniques d’analyse ?

Aucune méthode ne permet, à elle seule, de répondre à toutes les questions que pose une œuvre d’art. La datation renseigne sur l’âge des matériaux, les analyses chimiques identifient leur composition et les techniques d’imagerie révèlent les différentes couches de la peinture ainsi que les restaurations invisibles à l’œil nu. Le croisement de ces résultats permet d’obtenir une interprétation plus fiable et de limiter les risques d’erreur lors de l’authentification ou de l’étude d’un tableau.

Que révèle une radiographie d’un tableau ?

La radiographie de rayons X permet d’observer la structure interne d’un tableau. Elle met en évidence les différentes densités des matériaux et révèle des éléments invisibles en surface, comme les repentirs de l’artiste, les repeints, certaines restaurations, les assemblages du support ou encore des altérations liées au vieillissement de l’œuvre. Elle constitue un outil précieux pour comprendre la technique de réalisation et l’histoire matérielle du tableau.

Comment savoir si un tableau a été restauré ?

Les restaurations peuvent être mises en évidence grâce à plusieurs méthodes complémentaires. L’imagerie sous lumière ultraviolette révèle souvent les repeints et certains vernis, tandis que la réflectographie infrarouge et la radiographie permettent d’observer les interventions réalisées sous la surface visible. Les analyses chimiques des matériaux complètent ces observations en identifiant des produits ou des pigments incompatibles avec la période de création supposée de l’œuvre.

L’analyse scientifique remplace-t-elle l’expertise d’un historien de l’art ?

Non. L’analyse scientifique apporte des données objectives sur les matériaux, les techniques de fabrication, l’état de conservation et la chronologie d’une œuvre. En revanche, l’attribution d’un tableau à un artiste, l’étude de son style, de sa provenance ou de son contexte historique relèvent de l’expertise en histoire de l’art. Ces deux approches sont complémentaires et leur confrontation permet d’établir les conclusions les plus fiables

Les analyses scientifiques des tableaux sont-elles destructives ?

La plupart des techniques d’imagerie scientifique, comme la photographie, la réflectographie infrarouge ou la radiographie de rayons X sont totalement non destructives. Certaines analyses, notamment la datation carbone 14 ou certaines analyses chimiques, nécessitent en revanche un prélèvement de matière très limité. Celui-ci est réalisé avec précaution, dans une zone discrète de l’œuvre, afin d’en préserver l’intégrité.

Sur le même thème

Besoin d'informations, une question ?

Notre équipe vous répondra dans les plus brefs délais.

Demander un devis