Pourquoi analyser les matériaux d’un tableau ?
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L’analyse chimique d’un tableau consiste à identifier les matériaux qui composent la couche picturale : pigments, liants, vernis ou charges minérales. Ces informations permettent de mieux comprendre les techniques employées, de vérifier la cohérence des matériaux avec l’époque supposée de création et de mettre en évidence certaines restaurations ou contrefaçons.
Utilisée aux côtés de la datation carbone 14 et des différentes techniques d’imagerie scientifique, l’analyse chimique constitue l’une des principales méthodes d’étude des œuvres peintes.
Dans cet article, découvrez comment sont analysés les matériaux d’un tableau, quelles techniques sont utilisées et ce que ces analyses permettent réellement de démontrer.
En résumé :
- L’analyse chimique identifie les pigments, les liants, les vernis et les charges minérales d’un tableau.
- Elle permet de vérifier la cohérence des matériaux avec la période supposée de création de l’œuvre.
- Associée à la datation carbone 14 et aux techniques d’imagerie scientifique, elle contribue à l’authentification des tableaux.
- Les résultats doivent toujours être interprétés avec les connaissances historiques et artistiques.
Ce que révèle l’analyse chimique d’un tableau
L’analyse chimique ne consiste pas uniquement à identifier les pigments. Elle permet d’étudier l’ensemble des matériaux constituant la couche picturale afin de mieux comprendre la fabrication d’une œuvre, de vérifier la cohérence des matériaux avec son époque et d’identifier d’éventuelles restaurations.
À elle seule, cette analyse ne permet pas toujours de conclure sur l’authenticité d’un tableau. C’est pourquoi elle est généralement associée à la datation carbone 14 des supports et aux différentes techniques d’imagerie scientifique.
Pour mieux comprendre ces approches complémentaires, consultez également nos articles consacrés à la datation carbone 14 des tableaux et aux techniques d’imagerie scientifique.
Quels matériaux peuvent être analysés ?
Les pigments
L’analyse chimique des pigments fournit des informations chronologiques importantes qui viennent compléter la datation du support. Cette étude a été facilitée par la découverte de nombreux pigments de synthèse au 19e et au 20e siècle. Par exemple, la découverte du blanc de lithopone (sulfate de baryum et sulfure de zinc) en 1870 ou celle du vert de phtalocyanine dans les années 1930. L’utilisation de l’oxyde de chrome comme pigment vert à partir de 1840 par exemple ou la fabrication du blanc de titane (oxyde de titane) qui débute dans les années 1920.
Toutefois, ces investigations connaissent également des limites : les pigments naturels n’apportent aucune information chronologique réelle, on peut citer le cas de l’ocre qui a été employé pour les peintures pariétales de Lascaux et qui est toujours largement commercialisé de nos jours.
Les liants
Les liants assurent la cohésion des pigments et leur adhérence au support. Leur identification renseigne sur la technique picturale employée par l’artiste (huile, tempera, cire, etc.) et permet parfois de confirmer la période de réalisation d’une œuvre. Certains liants modernes constituent également un indice de restauration ou de création plus récente.
Les vernis
Les vernis protègent la surface du tableau et modifient son aspect visuel. Leur analyse permet de distinguer les couches d’origine des vernis appliqués lors de restaurations ultérieures. Elle apporte également des informations sur l’état de conservation de l’œuvre et oriente les choix des restaurateurs.
L’analyse chimique est généralement complétée par des techniques d’imagerie. Découvrez notamment comment la radiographie révèle l’histoire cachée d’un tableau.
Les principales méthodes d’analyse utilisées en laboratoire
Selon les matériaux présents et les objectifs de l’étude, plusieurs techniques analytiques peuvent être utilisées :
| Technique : | Ce qu’elle permet : |
| Microscopie optique | Observer les couches picturales |
| MEB-EDX | Identifier les éléments chimiques |
| Raman | Identifier les pigments |
| IRTF | Identifier composés organiques et minéraux |
| GC-MS | Identifier liants et vernis |
La plupart de ces analyses sont réalisées sans altérer l’œuvre. Découvrez pourquoi les analyses non destructives sont privilégiées pour l’étude des œuvres d’art.
Quelques exemples d’analyse de tableaux
Citons en exemple, l’étude d’un tableau attribué à un illustre peintre de la fin du 19e siècle qui a été conduite en deux temps. La datation du support par carbone 14 donnait une date compatible avec l’activité du peintre et l’analyse des pigments a conduit à une conclusion semblable, puisque les pigments détectés étaient connus au 19e et avaient été mis en évidence sur d’autres œuvres de cet artiste. Nous avions entre autres détecté un rouge vermillon, un vert d’arséniate de cuivre, un blanc de zinc, et de l’ocre.
À l’inverse, l’analyse d’une œuvre datée de 1920 a révélé qu’il s’agissait d’un faux. La présence de blanc de titane rutile, fabriqué à partir de la fin des années 1940 était en effet un indice formel de modernité.
Enfin, l’analyse d’un parchemin enluminé du 15e siècle s’est avérée plus complexe, car la datation carbone 14 avait confirmé l’époque du support, mais les pigments se sont révélés modernes (lithopone, blanc de titane, bleu outremer, rouge de cadmium…). Il s’agissait en réalité d’une copie intelligente » réalisée sur un papier ancien. Il est donc indispensable de coupler les techniques de datation et d’analyse pour détecter les faux.
L’analyse chimique constitue une étape essentielle dans l’étude scientifique des tableaux. En identifiant les pigments, les liants, les vernis et les autres matériaux, elle apporte des informations précieuses sur la fabrication, l’histoire et l’authenticité d’une œuvre. Associée à la datation carbone 14 et aux techniques d’imagerie scientifique, elle permet d’obtenir une vision plus complète des matériaux et contribue à une expertise scientifique fiable.
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Vous vous posez peut-être ces questions sur l’analyse des matériaux des tableaux ?
Les pigments peuvent fournir des indications chronologiques précieuses. Certains pigments de synthèse n’ont été commercialisés qu’à partir du XIXᵉ ou du XXᵉ siècle. Leur présence sur une œuvre supposée plus ancienne peut révéler une restauration ou une contrefaçon.
À elle seule, non. L’analyse chimique apporte des informations sur les matériaux, mais ses résultats doivent être confrontés à ceux de la datation des supports, des techniques d’imagerie scientifique et de l’expertise historique afin d’établir une conclusion fiable.
Certaines analyses nécessitent un micro-prélèvement, réalisé sur une zone discrète de l’œuvre. Sa taille est extrêmement réduite et adaptée aux objectifs de l’étude afin de limiter au maximum son impact sur le tableau.
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